La marque - les origines

La réussite remarquable de Christophe-Philippe Oberkampf

Oberkampf, le créateur de la Manufacture de la Toile de Jouy - 1760 – 1815

Christophe-Philippe Oberkampf est né en 1738 en Allemagne. Formé depuis son plus jeune âge aux techniques de la teinture et de la gravure, il évolue vite et acquiert un savoir-faire recherché en France. Il est recruté par un imprimeur parisien à l'âge de 20 ans et se voit rapidement offrir un poste de directeur au sein d'une nouvelle imprimerie d'indiennes. De simple ouvrier qualifié, il accède alors au statut d'entrepreneur associé.

Le quartier où est ancrée la manufacture est encombré et la concurrence est dense. Oberkampf prend alors la décision de s'installer à Jouy-en-Josas en 1760. La proximité géographique de la Cour à Versailles et de la capitale parisienne représente un atout commercial stratégique.

Au départ, Oberkampf est installé seul dans une maison en location, à la fois logement et lieu de production. Le succès fulgurant des toiles de Jouy ne se fait pas attendre et dès l'année suivante, une extension est nécessaire et des premiers emplois sont créés. Trente ans après, la Manufacture compte plus de 2000 salariés et va jusqu'à s'étendre sur une surface de 14 hectares. A son apogée, seule la manufacture de glaces de Saint-Gobain surpasse alors l'entreprise de Jouy-en-Josas.

Christophe-Philippe Oberkampf dirigera la Manufacture jusqu'à sa mort en 1815. Celle-ci lui survivra jusqu'en 1843, date à laquelle elle fermera définitivement et cessera toute activité d'impression.

La Manufacture survit à tous les régimes politiques

L'une des forces de la Manufacture est d'avoir traversé avec succès une période troublée de l'Histoire de France. En homme engagé et impliqué, Oberkampf s'est adapté aux diverses variations des régimes politiques, maniant habilement son investissement patriotique au fil du temps.

1715
1738

naissance de Christophe-Philippe Oberkampf

1759

levée de l'interdiction d'importer et de copier des indiennes

règne de Louis XV

1760

installation de la Manufacture à Jouy-en-Josas

1770

utilisation de la plaque de cuivre à Jouy-en-Josas pour imprimer les toiles

1774
1783

la Manufacture devient Manufacture Royale

règne de Louis XVI

1789

début de la révolution française

1790

la Manufacture emploie plus de 2000 ouvriers

1791
1797

introduction du rouleau de cuivre à Jouy-en-Josas pour l'impression des toiles

1799

Consulat

1804

Napoléon Bonaparte est sacré Empereur

Premier Empire

1814
1815

mort de Christophe-Philippe Oberkampf

1821

la Manufacture s'étend sur 14 hectares

Restauration
1830

Monarchie de Juillet

1848

Oberkampf, un homme discret et humble qui connaît tous les honneurs

Les marques de reconnaissance ont été nombreuses pour la Manufacture de Jouy-en-Josas et Oberkampf.

19 juin 1783, la Manufacture reçoit le titre de « Manufacture Royale » et quelques années plus tard, Louis XVI confère à Oberkampf ses lettres de noblesse.

Entre 1784 et 1786, Thomas Jefferson, futur président des États- Unis alors diplomate à Paris, passe plusieurs commandes à la Manufacture.

1806, il est récompensé d'une médaille d'or de première classe à l'exposition des Produits de l'industrie au Louvre.

Le 20 juin de la même année, Napoléon lui décerne la légion d'honneur lors d'une visite à Jouy-en-Josas. L'Empereur tenait à lui remettre personnellement cette récompense et détachera sa propre médaille pour l'accrocher lui-même sur le vêtement d'Oberkampf.

1810, il reçoit le grand prix décennal pour les ouvrages des sciences et de l'art.

Le prestige de la Manufacture et de son dirigeant amène d'illustres clients à Jouy-en-Josas pour des visites mémorables : de Marie-Antoinette à Necker, en passant par le nonce du pape Clément XIV, le musicien Kreutzer et son fils virtuose, ou encore l'ambassadeur de Perse.

Oberkampf, un entrepreneur d'avant-garde

Oberkampf est décrit comme un bon patron, un homme respecté et généreux qui a su instaurer un climat de confiance avec ses employés. Savant équilibre entre une rigueur nécessaire à la réussite de l'entreprise tout en conservant une dimension humaine et sociale. En avance sur son temps, il a octroyé aux ouvriers de la Manufacture des avantages peu courants pour l'époque.

Les années de prospérité, une prime de fin d'année était distribuée aux ouvriers en complément de leurs revenus courants. Un compte de bienfaisance fut mis en place pour venir en aide aux personnes dans le besoin. Le principe de l'épargne pour la concrétisation de projets était fortement encouragé et aidé. Il était même possible de contracter un prêt obligataire devant notaire. Tout était mis en œuvre pour éviter les licenciements ou les réductions momentanées d'effectifs lorsque le contexte économique était moins favorable. Pour cela, Oberkampf effectuait une redistribution des tâches et employait ses ouvriers à différents postes.

Mais ces avantages n'étaient pas uniquement financiers. La santé des ouvriers, et même des habitants de la commune, importait beaucoup à Oberkampf. Pour pallier aux aides insuffisantes, voire inexistantes, des soins médicaux et des campagnes de vaccination étaient dispensées. Il distribuait gracieusement de la nourriture quand le contexte politique ou économique affamait la population.

La Toile de Jouy, une aventure technologique aussi

Ce n'est pas seulement les qualités relationnelles d'Oberkampf qui ont permis à la Manufacture de grandir, mais aussi et surtout sa capacité constante à se renouveler et à innover, à s'adapter et à offrir des produits de qualité. En se tenant au courant des progrès scientifiques et des nouveautés techniques développés ailleurs, il permit à son centre de production de rester dans la course et de ne jamais devenir obsolète.

La Manufacture de Jouy-en-Josas utilisa jusqu'à trois techniques différentes d'impression. La planche de bois tout d'abord, technique ancestrale permettant l'impression de motifs polychromes. Puis vient l'avènement de la plaque de cuivre, utilisée dès 1752 en Irlande et qui apparaît à Jouy-en-Josas en 1770. Les toiles imprimées sont monochromes, mais la précision du dessin permet aux artistes de tester de nouveaux rendus : dégradés , jeux d'ombre et de lumière, demi-tons, sont désormais possible grâce aux fines hachures.

Utilisant le cuivre, mais cherchant à faciliter l'impression et gagner en rapidité, l'Écossais Thomas Bell invente en 1783 le rouleau. Celui-ci est testé dès 1793 à la Manufacture et utilisé en production à partir de 1797. Outre le gain de temps conséquent, cette technique permet de décorer le fond de la toile d'un contrefond.

La Toile de Jouy, tout commence par l'excellence artistique

De nos jours, l'évocation des toiles de Jouy fait référence à des toiles à personnages au sujet souvent champêtre et teinté de romantisme. Et pourtant, ces fameuses toiles ne représentaient qu'une infime partie de la production de la Manufacture.

Ce qui a d'abord contribué au succès de la Manufacture, ce sont les indiennes, dont la levée de l'interdiction survient en 1759. Il existait à l'époque un incroyable engouement pour ces toiles inspirées des productions indiennes, au décor polychrome de fleurs exotiques stylisées. Ces indiennes étaient un des « must » de l'entreprise, un classique de la production de la Manufacture. Tout comme les mignonnettes et leurs petits motifs gracieux, les nattes imitant le tressage en paille des chaises, les bonnes herbes et les perses. Ces motifs floraux et géométriques séduisent par leur faculté à s'intégrer aisément dans le quotidien sans subir les effets de mode.

Du côté des toiles à personnages, la palette proposée est également très diversifiée : sujets bucoliques et scènes de genre ; références mythologiques, littéraires ou artistiques ; influence exotique et orientale ; célébration d'événements contemporains et populaires.

Si au départ, Oberkampf dessinait lui-même les motifs qui venaient orner les toiles, il s'est rapidement entouré de personnes talentueuses pour lui succéder dans cette tâche. Parmi les dessinateurs de la Manufacture, Mlle Jouanon a apporté un nouveau regard sur les indiennes en proposant des compositions de bouquets de fleurs. Ses créations étaient très appréciées et eurent beaucoup de succès.

Autre collaboration remarquable et fructueuse, celle de Jean-Baptiste Huet, débutée en 1783 et qui perdurera jusqu'à la mort de ce dernier en 1811. Cet artiste renommé, né en 1745 à Paris, fut reçu à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1769 en tant que peintre d'animaux. Si ces derniers resteront omniprésents dans l'ensemble de son œuvre, c'est surtout dans les pastorales que Jean- Baptiste Huet s'illustrera. On retrouve ce genre dans ses premières créations pour la Manufacture de Jouy-en-Josas, même si par la suite, il imaginera d'autres univers. Il produira en tout une trentaine de dessins pour le compte de la Manufacture. Son style évoluera en même temps que les goûts et les tendances des époques traversées, permettant d'offrir à la clientèle de la Manufacture la diversité nécessaire à son enchantement permanent.

Sources

Mémorial de la Manufacture ; Gottlieb Widmer ; 1859
La toile de Jouy ; Mélanie Riffel et Sophie Rouart ; Citadelles & Mazenod ; 2003
Oberkampf, vivre pour entreprendre ; Etienne Mallet ; Télémaque ; 2015
Les toiles de Jouy, histoire d'un art décoratif 1760-1821 ; Aziza Grill-Mariotte ; Presses universitaires de Rennes ; 2015
Toiles de Jouy, les toiles imprimées en France de 1760 à 1830 ; Sarah Grant ; La Bibliothèque des Arts, Lausanne ; 2010